Transhumanité

Un point sur le transhumanisme, Par Marouane Basic


A l’aube du XXIe siècle, la science est sur le point d’enfoncer toute les portes jadis verrouillées dogmatiquement par la religion. La volonté naturelle de l’Homme de se transcender, décrit dans les textes mythologiques (Mythe d’Icare) et encensée par la pensée humaniste de la Renaissance, se traduit aujourd’hui sous l’acronyme NBIC.

NBIC ? Pour Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique et Science Cognitive. Ces secteurs de la recherche scientifique font l’objet de toutes les attentions par les chercheurs et les gouvernements (américains et chinois essentiellement) depuis qu’un rapport de 2002 a mis le feu aux poudres. L’administration Bush commandita une expertise sur les possibles applications des progrès scientifiques au domaine militaire. Les résultats publiés évoquent pêle-mêle des capteurs susceptibles d’informer les individus qui les portent sur leurs conditions physiques ou sur la qualité de leur environnement, des robots de taille moléculaire (nanorobots) capables de circuler dans le corps humain ou bien encore l’interconnexion des cerveaux créant une véritable «conscience collective».

De la science fiction à première vue, pas pour les administrations Bush ou Obama (à ce sujet voir le projet Human Cognome qui est comparé à la conquête de la Lune).

Les milieux intellectuels ne sont pas en reste et leur intérêt date de bien avant l’apparition des NBIC. Rappelons ici les paroles de Nicolas de Condorcet au XVIIIe siècle «serait-il absurde de supposer que l’amélioration de la race humaine soit considérée comme un progrès illimité ?» et d’ajouter «l’homme ne deviendra pas immortel, mais il pourra constamment augmenter le temps entre le moment où il commence à vivre et quand naturellement, sans maladie ou accident, il trouve que sa vie est un fardeau». De nos jours, les paroles du philosophe français s’incarnent dans un courant de pensée intellectuelle et culturelle mondial nommé le transhumanisme. Né aux Etats-Unis sous la plume du biologiste évolutionniste, Julian Huxley, frère d’Aldous (auteur du Meilleur des mondes) il faut toutefois attendre 1989, son livre Are You a Transhuman? pour que le futuriste F.M. Esfandiary lui donne son sens actuel. Depuis, le mouvement prend de l’ampleur, la Singularity University, haut lieu de la pensée transhumaniste, dans la «Sillicon Valley», accueille des milliers de scientifiques et d’étudiants chargés d’ouvrir de nouveaux horizons au développement humain. Cette année des conférences se sont succédées à Harvard ainsi qu’à la Sorbonne organisées par «l’Association Française Transhumaniste : technoprog !» Le prestigieux magazine Time a même fait sa une du mois de février avec un titre pour le moins racoleur «2045 : l’année où l’Homme deviendra immortel».

La pensée transhumaniste est cependant peu connue en Europe et reste l’apanage de milieux avertis, pourtant les réalisations techniques sont bien là et se multiplient : utérus ou cœur artificiels, séquençage d’ADN, rajeunissement cellulaire réussi chez des espèces vivantes (souris), implant d’« yeux » artificiels permettant à des aveugles de recouvrer la vue …

Notre corps est sur le point de se transformer en profondeur, comme jamais au cours de son Histoire. Cette bio-révolution soulève des questions d’ordre éthiques et politiques, le débat citoyen est inévitable sur ce sujet, comme le rappelle le généticien et énarque Laurent Alexandre

«L’État français n’a pas compris l’impact d’Internet, ni de la génomique et il reste aveugle concernant les NBIC, une synergie qui va entraîner une révolution du vivant, porteuse de croissance».

Dans ce formidable élan bio-progressiste quelle position peut adopter l’Eglise ? Son essence même est en contradiction avec toute conciliation, son dogme sur le sacré de la Vie lui a fait rater le coche de la modernité depuis le développement de l’avortement ou des recherches sur les cellules souches.

Nietzsche théorisa la mort de Dieu signifiant ainsi que Dieu n’était plus la source fondamentale des codes moraux ou théologique. Cette pensée est plus que jamais à l’ordre du jour dans un monde où la foi et la religion déclinent, la science vient apporter un nouvel espoir. Un nouvel espoir non pas prophétique mais rationnel. La philosophie cartésienne nous enjoint à parier sur l’existence de Dieu car nous n’avons rien à y perdre … gageons plutôt sur la science, le graal y est à portée de mains.

Marouane Basic, du journal Le Cri du Sorbonnard

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